Pourquoi la France fait le plein de logements vacants

La France compte près de 3 millions de logements vacants, soit 8,3% du parc résidentiel. Depuis des décennies, les gouvernements successifs tentent de remédier au problème en jouant sur l’offre immobilière. Sont-ils à côté de la plaque ?

Challenges | 17 Octobre 2018 | I. de Foucaud

Sur les 35,4 millions de logements que compte la France métropolitaine, 2,94 millions sont vides. Selon l’Insee, le nombre de logements vacants a grimpé en moyenne de 1,5% par an ces trente dernières années, plus rapidement que l’ensemble du parc (+1,1%). Le taux de vacance s’élève à 8,3%, contre 7,4% en 1988. A ce rythme, il y aura bientôt autant de logements vacants que de résidences secondaires (3,4 millions). Un paradoxe dans un pays qui compte aussi de plus en plus de mal logés.

De Saint-Etienne à Lens, en passant par Douai, Nice, Avignon, Rouen, Grenoble, Nancy ou Caen… Le taux de vacance est plus prononcé dans les villes moyennes. « Ces aires urbaines cumulent vieillissement de la population et difficultés économiques liées à la délocalisation de l’activité et des emplois vers les périphéries ou les grandes métropoles », explique Catherine Rougerie, chef de la division logement de l’Insee. Les banlieues et couronnes de ces villes souffrent d’une vacance moins forte que les centres-villes, comme à Rouen par exemple où le taux de logements vides atteint 11,9% dans le centre-ville en 2015 tandis qu’il reste limité à 6,2%.

Moitié nord du pays

Le nombre de logements vacants a progressé plus fortement dans les aires urbaines de la moitié nord du territoire, en particulier en Normandie, Centre-Val de Loire, Bourgogne-Franche-Comté et Hauts-de-France, entre 2010 et 2015. « Néanmoins, la hausse globale est un peu moins soutenue depuis quelques années », selon Catherine Rougerie. Les grandes métropoles ne sont pas épargnées. La ville de Paris affiche ainsi un taux de logements vides de 8,1%, Lyon de 8,4% et Bordeaux de 6,9%. Une taxe sur les logements vacants a pourtant été instaurée en 1998 et étendue en 2013.

Pour tenter (une fois encore) d’endiguer le phénomène, le gouvernement prévoit dans le projet de loi Logement 2018 (Elan) - adopté définitivement par le Parlement le mardi 16 octobre - de faciliter la transformation des bureaux vides en logements et les réquisitions. « La lutte contre la vacance occupe depuis toujours une bonne place dans la boîte à outils des décideurs qui espèrent résoudre ainsi une crise quantitative du logement et élargir l’offre », commente Michel Mouillart, professeur d'économie à l'Université Paris-Ouest, spécialiste de l’économie immobilière, qui s’interroge sur cette politique qui imagine ainsi « possible d’utiliser des logements vides en Haute-Loire, Lozère ou dans la Manche » pour remédier au problème. « Ces mesures ne serviront à rien si on ne prévoit pas de vraies politiques d’aménagement du territoire. »