Saint Ouen : 300 squatteurs évacués de la tour insalubre

Les 190 chambres de la tour Cara, rue Adrien-Meslier à Saint-Ouen, ont été évacuées ce mardi matin. En tout, au moins 292 personnes vivaient, ici, illégalement et dans des conditions déplorables

LE PARISIEN | 26.07.2016 | Floriane Louison

Les 190 chambres de la tour Cara, rue Adrien-Meslier à Saint-Ouen, ont été évacuées ce mardi matin. En tout, au moins 292 personnes vivaient, ici, illégalement et dans des conditions déplorables. L’expulsion a été décidée, par jugement, le 6 novembre 2015. Elle a été menée ce mardi entre 6 h 30 et 8 h 30, sans trop de tensions, sous la surveillance d’une centaine de policiers. « Beaucoup d’entre nous avaient été prévenus par le bouche-à-oreille, témoigne Ahmed, l’un des occupants expulsés. Certains ont attendu toute la nuit avec leurs affaires en bas de l’immeuble. »

Une démolition prévue d’ici la fin de l’année

Cet ancien foyer de jeunes travailleurs, élevé sur 14 étages, est promis à la destruction depuis 2014. « Nous avions quasiment terminé les relogements quand l’association DAL (Droit au logement) a organisé une occupation massive », explique le maire (UDI) de Saint-Ouen, William Delannoy. En septembre 2015, l’association a investi l’immeuble pour loger une centaine de personnes à la rue, surtout des familles, notamment roms, déjà victimes de plusieurs expulsions. « Maintenant que la tour a été évacuée, nous allons pouvoir reprendre les démarches de démolition. Celle-ci devrait avoir lieu avant la fin de l’année. A la place, 150 logements, dont 30 % de logements sociaux, seront construits », détaille le maire.

Ce mardi, des déménageurs ont vidé l’intégralité des chambres et les entrées ont été murées pour empêcher toute nouvelle installation. La tour est « dangereuse », selon la préfecture. L’association qui gérait ce bâtiment a été mise en liquidation judiciaire il y a environ un an. Depuis personne ne s’occupe de l’entretien ou de la gestion des logements. Au rez-de-chaussée, une fuite d’eau a provoqué une gigantesque flaque d’eau, les parties communes sont jonchées de déchets et envahies par les rats. Tout dysfonctionne, l’électricité, la plomberie, l’alimentation en eau…

110 personnes accueillies en hébergement d’urgence

Les tensions entre les occupants étaient fortes. « Il n’y a aucune sécurité incendie », ajoute encore la préfecture qui dénonce le coup de force du DAL l’an dernier : « l’association s’est totalement désintéressée de l’entretien et de la gestion de cette tour mettant les occupants, qu’elle prétend aider, dans des conditions de salubrité et sécurité inacceptables. » Le DAL se défend : « nous n’avons pas la compétence pour gérer un immeuble… Notre objectif était de mettre à l’abri des familles, beaucoup avec des enfants, qui dormaient dehors, sans aucune solution. Là, ils vont retourner dehors. »

« Maintenant, je suis à la rue, nous sommes pleins dans ce cas, sans même un début de solution pour pas finir dehors », témoigne Lorenzo qui vivait depuis un an dans la tour Cara. Parmi les habitants expulsés, la préfecture a identifié 110 personnes « vulnérables ». Celles-ci seront accueillies en hébergement d’urgence mais la préfecture n’a pas indiqué la durée de ce relogement. Les autres ont droit à trois nuits d’hôtel.

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