Chassé de son immeuble par des squatteurs

Retour d'un propriétaire après ses vacances à son domicile : Une feuille indique sur la porte d'entrée que les occupants "en galère" et leurs familles sont là depuis plus de 48 heures et sont donc "protégés par la loi "

LA DEPECHE | 03.05.2016 | Philippe Emery

Qui va à la chasse perd sa place, dit le dicton. Pour JM (notre interlocuteur a souhaité rester anonyme), propriétaire d'un immeuble de trois étages au 46, rue du général Compans, c'est plutôt : «Qui part en vacances perd son logement», si l'on en croit son témoignage : «Je suis parti en congés il y a deux semaines, lorsque j'ai voulu rentrer chez moi, dans mon appartement où j'ai ma résidence, là où j'ai ma boîte aux lettres, j'ai trouvé porte close. Le verrou avait été changé, les plombs de la porte de sécurité enlevés, la porte fracturée», explique-t-il. «Une feuille dactylographiée indique sur la porte que les occupants (dont le nom est manuscrit sous le tract) sont dans leur droit. Sous prétexte qu'ils sont dans les locaux depuis plus de 48 heures», s'insurge le propriétaire de cette maison de ville de style toulousain au crépi quelque peu dégradé laissant apparaître la brique. L'immeuble, situé à proximité de la Médiathèque, au-dessus d'une épicerie et d'une pizzeria, provient d'une succession, selon le propriétaire.

«Ils ont enlevé mon nom sur la boîte aux lettres, fait rebrancher l'électricité. Je ne peux plus chercher mon courrier ni récupérer les affaires à l'intérieur. Je loge chez mon amie mais je ne dors plus», poursuit le propriétaire, «j'ai appelé la police qui a refusé de se déplacer, car les squatters étaient dans les locaux depuis plus de 48 heures. Je n'ai plus qu'à faire faire un constat d'huissier et ouvrir une procédure d'expulsion. J'ai contacté un huissier et un avocat. J'ai voulu récupérer mes affaires à mon domicile, accompagné de deux amis, mais j'ai été reçu par une soixantaine d'individus qui m'ont bousculé, photographié et filmé en me lançant : «Vous n'avez rien à faire ici». J'ai porté plainte au commissariat suite à cet incident».

Les huit autres logements de cet immeuble étaient vides de locataires au moment où ils ont été squattés, car le propriétaire souhaitait vendre le bâtiment. Ce qu'il ne peut plus faire.

Les occupants du 46, rue du général Compans donnent toutefois une toute autre version sur la lettre apposée à la porte du squat : «Le propriétaire qui détient deux bâtiments vides et se domicilie dans l'un d'eux alors qu'il n'y habite pas, essaie de nous expulser manu militari avec ses gros bras et ses hommes de main (…) pour remettre des familles à la rue et garder son bâtiment vide. Mais il ne nous fait pas peur et nous sommes encore là. La solidarité est de notre côté. Plusieurs voisins nous soutiennent déjà», lit-on sur le document. «Ils racontent n'importe quoi, mon compagnon a simplement essayé de rentrer chez lui et il a été poussé dehors et insulté», témoigne la compagne du propriétaire.

Les squatters expliquent : «Nous, familles et personnes seules, sommes en galère car le 115 dit ne plus avoir de sous pour l'hébergement d'urgence. Pour ne pas dormir à la rue avec les enfants nous habitons (ici)».