L’option Camelot

Pendant dix ans, Maria Ortiz et son conjoint ont vécu à Colombes, en région parisienne, dans « une minuscule maison » pour un loyer de 750 euros par mois, charges comprises. Un bon plan qui, « avec des salaires de commis de cuisine et de barman, correspondait au maximum de nos moyens », explique Maria, 37 ans.

Le 1 | 24.11.19 | La Rédaction

L’option Camelot​

Pendant dix ans, Maria Ortiz et son conjoint ont vécu à Colombes, en région parisienne, dans « une minuscule maison » pour un loyer de 750 euros par mois, charges comprises. Un bon plan qui, « avec des salaires de commis de cuisine et de barman, correspondait au maximum de nos moyens », explique Maria, 37 ans. Mais l’an dernier, lorsque la propriétaire du lieu a voulu récupérer sa maison, le couple a dû se mettre en quête d’un nouveau logement. « Je venais de perdre mon emploi, et trouver quelque chose sans fiches de paie récentes, c’était quasi impossible », raconte-elle. Le couple a bien pensé déposer un dossier pour un logement social mais, pressé par le temps, il a dû y renoncer. C’est alors que Maria entend parler de Camelot, une entreprise qui propose des logements temporaires au sein de biens immobiliers vacants qui abritaient auparavant des hôpitaux, des écoles, des bureaux, voire des casernes militaires. Le principe est donnant-donnant : les occupants bénéficient d’un tarif extrêmement bas, 200 euros en moyenne pour une chambre privée, l’accès aux pièces à vivre et aux salles de bains communes aménagées provisoirement par Camelot. En échange, ces habitants temporaires empêchent, par leur simple présence, la venue de squatteurs. « Un cadeau tombé du ciel », résume Maria. Depuis quatre mois, le couple occupe d’anciens bureaux appartenant au groupe Colas, spécialiste du BTP, à Vélizy-Villacoublay. « Je ne retrouverai jamais un si bon plan », regrette déjà Maria. Sa chambre, une pièce d’une trentaine de mètres carrés, est ceinte de grandes baies vitrées auxquelles fait face une rangée d’arbres. Seize autres personnes aux profils variés occupent également les lieux. « Deux pièces séparent chaque chambre, pour préserver l’intimité de chacun », explique Hervé*, un informaticien de 58 ans qui, avant de rejoindre cette colocation particulière, a passé un hiver dans la rue. Il apprécie la compagnie des autres habitants, dont celle de Pierre Nachin, cadre dans une société d’ingénierie automobile. Après la liquidation de sa société en 2014, ce quinquagénaire a trouvé un emploi à Paris, loin de sa famille, elle-même installée en Bretagne. Depuis deux ans, il fait l’aller-retour chaque semaine. « Je n’avais pas les moyens de payer un deuxième logement. Ce système, c’est idéal. » C’est le quatrième contrat que Pierre signe avec Camelot. Il a d’abord partagé pendant cinq mois, à Élancourt, un pavillon de fonction appartenant à EDF. Parmi ses trois colocataires, deux étaient policiers. À Guyancourt, il a ensuite occupé pendant un an et demi un bâtiment de France Télécom. Enfin, il a passé un mois à Gaillon-sur-Montcient, dans le Vexin, « mais c’était très loin ».

Chaque fois qu’un propriétaire récupère son bâtiment, les occupants sont relogés. Environ 50 transferts ont lieu chaque mois. « C’est la raison pour laquelle on ne peut accepter les familles avec enfants », explique Olivier Berbudeau, directeur de Camelot. « L’autre condition, c’est d’avoir une source de revenus », ajoute-t-il. Malgré les contraintes – interdiction de fumer, d’inviter plus de deux personnes à la fois, de faire entrer des animaux, et obligation de prévenir Camelot pour toute absence supérieure à trois jours –, les occupants de Vélizy souhaiteraient être relogés dans quatre mois environ, date à laquelle le propriétaire prévoit de récupérer son bien. Maria espère encore bénéficier de ce système pendant deux ans, « le temps d’économiser pour un logement plus intime à Paris, près des bars et des restaurants » susceptibles de leur donner du travail. Pierre vise la retraite et Hervé, lui, aimerait en profiter jusqu’à la fin de sa vie. Actuellement, en France, l’entreprise Camelot loge près de 600 personnes dans 60 bâtiments. 

* Ces noms ont été modifiés