Rouen : Ils habitent dans des immeubles de bureaux

Logement. Vivre dans un bureau ? Camelot Property propose à des particuliers de se loger temporairement dans des immeubles inoccupés. Illustration à Rouen.

Rouen : Ils habitent dans des immeubles de bureaux

Une chambre de 25 m2 à deux pas du centre-ville pour 200 € par mois ? C’est possible si on accepte de vivre en colocation dans des anciens bureaux.

« Chambres de 18 à 35 m2 pour 201 € par personne et par mois toutes charges inclues à proximité de Charles-Nicolle, dans un immeuble de bureaux aménagé en résidence temporaire ». Quand Eloïse a découvert l’annonce, elle a d’abord été intriguée. «À Rouen, il faut compter le double pour un studio», raconte la jeune fécampoise, étudiante en psycho. Elle a finalement emménagé en septembre dans une chambre de plus de 25 m2 dans un immeuble de GDF-Suez, au pied du Mont-Gargan.

Petit à petit, l’immeuble s’est rempli. Façon de dire : vingt chambres sont disponibles sur deux étages, chaque étage couvrant... 1,000 m2 ! «Dans les couloirs, on pourrait quasiment faire son jogging sans sortir», s’amuse Eloïse.

«Au début, c’était un peu flippant, surtout la nuit quand il faut traverser le bâtiment», raconte Yohann, 34 ans, qui travaille dans le commerce. Arrivé le premier, il a passé un mois seul. «Je laissais la lumière allumée tout le temps». Aujourd’hui, ils sont huit à occuper le premier étage.

Comme eux, environ 200 personnes ont trouvé un logement grâce à Camelot Property. Fondée aux Pays-Bas en 1993, cette société spécialisée dans la gestion des locaux vacants s’est développée en Europe. «Avec une trentaine d’immeubles en France, nous avons enregistré une progression de notre chiffre d’affaires de 100 % en 2014 et de 60 % depuis janvier dernier», se félicite Olivier Berbudeau, directeur du développement de Camelot France.

«Tout le monde y gagne, poursuit-il. Les entreprises évitent ainsi les risques de vandalisme, de squat, de dégradations naturelles. Cela lui coûte de 500 à 3000€ par mois, selon la taille du bâtiment. Bien moins cher qu’une société de gardiennage».

C’est le calcul qu’a fait GDF-Suez, qui a confié à Camelot 7 ou 8 immeubles dans le quart nord-ouest de la France. «On aurait pu installer des systèmes d’alarme, mais c’est cher et pas toujours très pertinent, confie Patrick Delabre, responsable de l’immobilier chez GDF-Suez. Les résidents se sentent responsables et nous préviennent, via Camelot de tuiles qui s’envolent ou de chasses d’eau qui fuient. Ce qu’une alarme ne fait pas. Et il y a en plus un petit côté social pas désagréable». Il a cependant bon espoir de commercialiser bientôt l’immeuble.

Dommage pour les résidents qui y trouvent aussi leur compte. Vincent, 40 ans, un cadre muté à Rouen pour une durée indéterminée, n’aurait pas pu louer un appartement en plus de son logement parisien qu’il rejoint le week-end. «Je cherchais une colocation, je suis tombé sur Camelot par hasard. C’est rapide, facile, et le préavis n’est que de deux semaines si on veut s’en aller».

En contrepartie, il faut être prêt à dégager en un mois si le propriétaire a trouvé un nouvel usage pour ses bureaux. Raison pour laquelle Camelot, au cours d’une rapide sélection, s’assure que chaque résident dispose d’une solution de repli, chez des proches ou dans un autre logement.

Ce n’est pas la seule contrainte. Comme dans tout co-loc, cuisines et sanitaires sont communs. «Camelot a installé des plaques de cuisson et une hotte, énumère Eloïse. À nous d’apporter tables, chaises, machines à laver, canapé, télé et tout ce qui meuble notre chambre»«Dans chaque immeuble, nous installons des blocs douches et des sanitaires s’il en est dépourvu», ajoute Olivier Berbudeau.

Les résidents sont tenus de signaler la présence d’intrus ou les anomalies, comme un dégât des eaux.

Il y est aussi interdit de fumer, d’y avoir un animal domestique et d’y faire des fêtes. «Pour des raisons de sécurité, explique Olivier Berbudeau, et de tranquillité. C’est une colocation. Mais rien ne les empêche de faire un apéro entre eux».

C’est ce que font Eloïse, Vincent, Yohann. «Et si on mettait de la compote de pommes pour accompagner?». Ce soir, Vincent est en train de cuire un rôti pour tout le monde. Sur la porte de la cuisine, un tableau distribue les tâches de la semaine à tour de rôle : nettoyage de la cuisine, àde la salle de bains des garçons, de celle des filles, du salon...«Parfois, on est content que ce soit lundi, assure un autre Vincent, vendeur de drones de 23 ans. Pour retrouver l’ambiance de la co-loc»...

 

Source : Paris-Normandie